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Position de Théodore Holo sur l’installation du Sénat : le professeur Philippe Noudjènoumè en parle

Position de Théodore Holo sur l’installation du Sénat : le professeur Philippe Noudjènoumè en parleLa question de l’installation du Sénat continue d’alimenter le débat au sein de la classe politique et universitaire au Bénin. Alors que Théodore Holo estime que l’absence du Sénat ne constitue pas un obstacle à la prestation de serment du prochain président de la République, le professeur Philippe Noudjènoumè défend une lecture contraire de la Constitution révisée. Dans une tribune, il soutient que la présence des membres du bureau du Sénat relève d’une exigence constitutionnelle incontournable. Lire l’intégralité de son analyse.

Théodore HOLO, théoricien de l’Autocratie.OPINIONPar le Professeur Philippe Toyo NODJENOUME(Constitutionnaliste)

Depuis quelque temps le professeur Holo Théodore devient la coqueluche des chaines de radio et télévision tant publiques que privées de notre pays. Jouant à la fois un rôle de porte-parole et défenseur de la politique du Président Patrice Talon, interprète à titre principal de la Constitution du 17 décembre 2025, tant dans son esprit que dans la lettre, rôle qui revient à la Cour constitutionnelle, Holo s’affiche ouvertement comme un des zélés tenants de la politique de la Ruse et de la Rage, rôle jusque-là assumé par le professeur Djogbénou, actuel président de l’Assemblée nationale.Cela pourra-t-il surprendre ?

A la veille de la prestation de serment du nouveau Président de la République, Romuald Wadagni marquant son entrée en fonction le 24 Mai 2026 prochain, un débat politique anime l’actualité politique. Il s’agit de la place et du rôle du Sénat dans l’architecture juridique constitutionnelle de notre pays et plus spécialement de la mise en œuvre des nouvelles dispositions réglementant les conditions de prestation du serment.

1°- L’argumentaire du Professeur Théodore Holo sur le Sénat et son installation dans le dispositif institutionnel du Bénin.En effet l’article 53 de la loi 2025-20 du 17 Décembre 2025 portant modification de la Constitution du 11 décembre 1990 dispose formellement que le serment du Président de la République élu est « reçu par le président de la Cour constitutionnelle, devant les autres membres de ladite Cour, l’Assemblée nationale, les bureaux du Sénat, de la Cour suprême et de la Cour des comptes ».Cette disposition suppose qu’avant la prestation de serment, que soit installé le Sénat et que soit élu en son sein « son bureau » sous peine d’invalidité du serment présidentiel

Face à un texte constitutionnel aussi précis et qui rentre dans les conditions de validité du serment, j’ai suivi avec écœurement les développements du Professeur Holo Théodore, drapé de son manteau d’ancien président de la Cour Constitutionnelle, dernièrement sur Bip Radio en les termes que voici : « Le serment est reçu par le président de la Cour constitutionnelle (…) Les autres qui sont là ne signent pas le PV, c’est protocolaire », a-t-il déclaré, soulignant ainsi que leur présence n’influe en rien sur la légalité de l’acte.Autrement dit, dans la cérémonie de prestation de serment du Président de la République, seule la réception de ce serment par le Président de la Cour constitutionnelle vaut validation.

La présence des autres institutions n’est que protocolaire et donc facultative. Ainsi, l’absence du Sénat n’a aucun effet sur la validité du serment..Pour parvenir à cette argutie juridique, Holo Théodore opère une distinction « essentielle » selon lui, contenue dans la Constitution : celle entre les termes « par » et « devant ». Une nuance déterminante selon lui pour comprendre la portée juridique de la cérémonie.Il recourt, en soutien à son argumentaire, à un parallèle avec un mariage civil, qui demeure juridiquement valable dès lors qu’il est célébré par l’officier d’état civil compétent, indépendamment de la présence des familles.

Quant au Sénat lui-même, clé de voûte de l’Autocratie de Talon – continuée à travers Wadagni-, et institution centrale de la transformation de notre système démocratique en dictature autocratique, Holo argumente de la manière suivante : « le Sénat est appelé à jouer un rôle de régulation dans le processus législatif. … » ; Selon lui, « sa création répond à une logique d’équilibre des pouvoirs. Dans un contexte où l’Assemblée nationale peut être dominée par une majorité homogène, la seconde chambre apparaît comme un mécanisme de régulation supplémentaire…Composé en partie de personnalités moins engagées dans les compétitions électorales, le Sénat pourrait ainsi apporter un regard complémentaire sur les textes de loi, contribuant à améliorer leur qualité ».Holo s’en va jusqu’à s’arroger les attributions de la Cour constitutionnelle, régulatrice des institutions constitutionnelles en se prononçant sur le calendrier de mise en place du Sénat qui « pourrait ainsi se tenir courant juin, sous réserve du respect de plusieurs préalables essentiels. Il s’agit notamment de la désignation complète des membres du Sénat et de l’adoption de son règlement intérieur, qui doit encadrer son fonctionnement ».

2°- Que dire de ces développements ?De telles déclarations ont suffoqué plus d’un démocrate et analyste de la politique de ce pays.a) -D’abord sur la lecture que le Professeur Holo fait de l’article 53 dernier alinéa de la Constitution.Holo détermine une hiérarchie de normes (certaines supérieures et d’autres inférieures) à l’intérieur des dispositifs d’une Constitution. Ce qui est cocasse, alors que toutes les dispositions au sein d’une Constitution ont la même valeur. La seule grande distinction que nous opérons dans une Constitution se situe entre le préambule (synthèse des principes sous lesquels se place la Constitution) et le corps de la Constitution elle-même. De cette prémisse erronée, Holo détermine des dispositifs contraignants obligatoires et des dispositifs facultatifs qui relèveraient de « protocole ». Il prend à cet effet un exemple incongru du mariage civil rendant facultatif la présence de témoins dans une cérémonie de mariage. Ce qui veut dire selon lui que l’on peut célébrer un mariage sans aucun témoin…

Il ne faut pas être diplômé en droit constitutionnel ou agrégé pour lire et comprendre une disposition ainsi claire et précise que celle de l’article 53 que le serment du Président de la République élu est « reçu par le président de la Cour constitutionnelle, devant les autres membres de ladite Cour, l’Assemblée nationale, les bureaux du Sénat, de la Cour suprême et de la Cour des comptes ».Or il est de pratique constante qu’un texte juridique clair et précis n’a besoin de nulle interprétation ; l’interprétation n’intervient que lorsque le texte est obscur ou imprécis ; se livrer à une interprétation d’une disposition claire est une façon évidente de tordre le cou au texte de droit et de lui faire dire le contraire de ce qu’il signifie. Vouloir contourner un texte aussi clair, c’est simplement se livrer à la sophistique juridique constitutionnelle pour un Constitutionnaliste.

b) – Ensuite, l’appréciation du Sénat lui-même.Tout démocrate constate qu’un Organe non élu et donc non issu du suffrage du peuple qui :- « Régule la vie politique pour la sauvegarde et le renforcement des acquis de l’unité nationale, du développement de la Nation, de la défense du territoire, de la sécurité publique, de la démocratie et de la paix……Veille aux mœurs politiques, au renforcement et à la continuité de l’Etat ainsi qu’à la stabilité politique, veille au respect de la trêve politique… ».. « Sanctionne, de suspension ou de retrait des droits politiques ou civiques, les acteurs politiques exceptés le président de la République, le président de l’Assemblée nationale et le président du Conseil économique et social pour leurs actes et propos susceptibles de porter atteinte à l’unité nationale, au développement » (Article 113-1 de la Constitution) : un tel Organe n’assure aucun « équilibre des pouvoirs », il ne mérite qu’un nom : un organe de dictature monarchique.Et c’est à l’attaque de cette conclusion limpide que se livre le Professeur Théodore Holo en tentant de blanchir d’un vernis démocratique ce qui de toute évidence, apparaît comme une institution tyrannique. Théodore Holo, un impénitent concepteur et théoricien et défenseur des régimes autocratiques !

3°- Holo n’est pas à un coup d’essai dans ce rôle de défenseur du faux et de la dictature autocratique.Quelques- uns de ses hauts faits :

a) – En 1989, lors du grand mouvement protestataire contre la dictature autocratique Kérékou-PRPB, Holo Théodore, alors Directeur-Adjoint de l’ENA (actuel ENAM) procéda froidement au renvoi à titre définitif et jamais réintégré de 5 étudiants ayant observé le mouvement de grève de 1989. Il ne s’en est jamais excusé.Pourtant dès la révolution de décembre 1989 intervenue, et la programmation de la Conférence nationale en 1990, Holo s’en fit le champion. Drapé de son diplôme d’agrégé de droit et de science politique, il sauta dans la barque de la Démocratie et en devint désormais « Un acteur clé de la transition démocratique ; membre du présidium de la Conférence nationale des Forces Vives de la Nation, puis participe à la Commission constitutionnelle qui rédige la Constitution de 1990, pierre angulaire de la démocratie béninoise.

Parallèlement, il occupe le poste de secrétaire général adjoint du Haut Conseil de la République, l’organe législatif de transition, plusieurs fois ministre, président de la Cour constitutionnelle » et tutti quanta !!! comme raconte le narratif de sa biographieToujours du côté des forts, du faux, des ennemis de la démocratie et de la souveraineté du Bénin.b) N’oublions pas cette Décision cocasse de la Cour Constitutionnelle présidée par Holo Théodore concluant que « 39 ans+1 jour égale 40 ans » en 2015 pour faire passer en fraude la candidature de Komi Kouche alors Ministre des finances à la Présidentielle et âgé de moins de 40 ans en 2016.

c) N’oublions pas que c’est lui qui, Président de la Cour constitutionnelle proclama élu pour le 2ème tour, le Président Talon, invalidant ainsi les prétentions du candidat Sébastien AJavon qui affirmait être arrivé en 2ème place après Lionel Zinsou. C’est encore lui qui reçut le serment de Talon en tant que Président de la République.Je ne dis pas que forcément cette décision soit injustifiée, mais je dis que cela ne peut pas ne pas créer un lien de complicité entre les deux personnalités : le Président Talon et Théodore Holo, lien que d’ailleurs Holo affirme toujours entretenir avec l’intéressé.

Concepteur, conseiller et défenseur de l’Autocratie de Talon, le professeur Holo assume tout cela entièrement. Les arguties juridiques et les oripeaux d’agrégé de droit constitutionnel dont il s’affuble ne sont qu’instruments pour défendre des causes politiques essentiellement anti-peuple, anti-souveraineté de notre Patrie.

Cotonou, le 08 Mai 2026.

Professeur Philippe Toyo NOUDJENOUME.

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