Dans une lettre adressée au nouveau Président élu depuis Washington, l’ambassadeur Omar Arouna félicite Romuald Wadagni tout en réaffirmant ses critiques sur le processus électoral. Entre exigences démocratiques et volonté d’apaisement, il appelle à un renouveau du dialogue politique, à la libération des prisonniers d’opinion et à la réconciliation nationale.Lire son message .
Ambassadeur Omar Arouna, MBA Washington, D.C., le 18 avril 2026
Monsieur le Président élu, Permettez-moi, à titre personnel, de vous adresser mes félicitations pour la responsabilité que vient de vous confier la Cour constitutionnelle. Vous le savez, je n’ai pas pris part au processus électoral du 12 avril ; j’ai au contraire prôné publiquement le boycott et porté les raisons qui ont conduit nombre de nos compatriotes à ne pas s’y associer, par la campagne #BoycottBenin2026.
Ces raisons, à savoir l’exclusion de candidats, la détention de prisonniers d’opinion, le rétrécissement de l’espace civique et l’absence d’un dialogue politique véritable, demeurent entières, et je continuerai de les défendre avec la même exigence. Mais le Bénin est plus grand que nos différends. Vous avez vous-même, dans vos premiers mots de président élu, invoqué l’humilité, l’unité nationale, et la nécessité d’un consensus qui dépasse les urnes. Je prends ces paroles au sérieux, parce qu’elles dessinent la seule voie qui puisse réellement consolider notre pays : celle d’un pouvoir qui écoute ceux qui n’ont pas voté pour lui autant que ceux qui l’ont fait. Les années qui viennent de s’écouler ont été marquées par l’extinction du dialogue entre la majorité au forceps et ceux qui la contestaient. Ce silence imposé n’a profité à personne, et sûrement pas à la démocratie béninoise. Si votre mandat doit marquer une rupture, qu’il marque d’abord celle-là : la libération de nos prisonniers politiques, le retour sans condition de nos compatriotes exilés, et un retour à notre vivre-ensemble, cet espace où, hier encore, la contradiction pouvait s’exprimer sans être criminalisée. Pour ce que je discerne de l’homme, j’ose espérer que vous saurez faire preuve d’humanisme envers votre peuple et vous affranchir de toute tutelle qui vous mettrait en porte-à-faux avec notre idéal de paix et de concorde nationale. Je vous souhaite la lucidité, le courage et la proximité avec le peuple que la fonction exige. Je continuerai, pour ma part, à porter avec la même exigence les causes qui m’engagent, dans la fidélité à mes convictions et dans le respect de l’institution que vous incarnez désormais.
Avec ma considération patriotique, Ambassadeur Omar Arouna

